Deux contes abominables de Zina

Premier exercice : un conte abominable de 5000 caractères maximum espaces compris, avec deux mots choisis par les lecteurs.

Deux contes abominables de Zina

Messagepar Sarah » Lun 14 Août 2006 12:54

Chronique concernant ce défi
Le conte sera abominable, il comptera moins de 5000 caractères espaces compris, et il faut utiliser le mot salaison et le mot cochon.

Postez votre conte à la suite de ce message svp.
Pas de digression dans ce thread : il existe pour les contes et leurs commentaires.

Merci :)
Dernière édition par Sarah le Jeu 17 Août 2006 22:07, édité 1 fois au total.
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Deux contes de Noël

Messagepar Zina » Jeu 17 Août 2006 12:39

Deux contes de Noël

La Cheminée

Toute la famille était enfin réunie cette année-là. Noël promettait d’être joyeux. Tout était prêt: les décorations patiemment préparées par ma mère et mes sœurs, les victuailles où figuraient en bonne place les boudins à la mode de Cassin de notre cochon fraîchement tué, les salaisons d’anchois et de harengs, mets préférés de mon père, et un bon feu pétillait dans la cheminée. Cette cheminée aux imposantes proportions était, avec la cave voûtée, tout ce qui restait de l’ancienne maison qui s’élevait ici auparavant. Autrefois demeure de seigneur, elle n’était plus que le corps de logis de la modeste ferme de mes parents. Bien trop grande pour la pièce, elle y paraissait déplacée mais sa chaleur était unanimement appréciée et j’aimais à m’y asseoir pour en examiner les sculptures érodées par le temps. Ce soir, elle était parée des chaussettes de Noël de toute la maisonnée et ma plus jeune sœur avait cru bon d’enrubanner de guirlandes l’assortiment de pinces, piques, pelles, tisonniers qui s’y trouvait, au grand dam de mon père. Le repas de fête, entrecoupé de jeux et d’histoires, dura longtemps mais enfin le moment vint de découvrir nos cadeaux. Je me portai volontaire pour décrocher les chaussettes de la cheminée, tâche que personne ne me disputa. Debout sur un tabouret que dans mon impatience je n’avais pas installé d’aplomb, je me mis à dépendre les précieuses chaussettes et à les tendre à leur destinataire. Les plus jeunes, excités par cette veille inhabituelle et l’excès de nourriture, chahutaient dans la bonne humeur générale. Mais dans l’ardeur de leur jeu, l’un d’eux heurta le tabouret, qui déséquilibré, se renversa entraînant dans sa chute celui qui y était juché. Aux rires et aux gais bavardages succédèrent alors les cris et les larmes car il s’était empalé sur une pique dans la cheminée qu’il aimait tant.



Les anciens rites.

C’était bientôt Noël. Vibrant dans l’air glacé du petit matin, Jon entendait les cris du cochon qu’on égorgeait dans la ferme voisine. Tout le long du mois, les familles du village, une à une, tuaient leur animal mis à l’engrais quelque temps plus tôt. La famille de Jon avait sacrifié à cette tradition la veille.
Jon était né sept ans auparavant un soir de décembre d’une femme inconnue, échouée au village on ne sait comment ni pourquoi. Elle était morte en le mettant au monde. Un couple de villageois l’avait recueilli et depuis lors, il partageait les jeux et les classes des autres enfants.
Jon descendit à la ferme voisine. Il aimait regarder le cochon se vider peu à peu de son sang, de sa chair. Ses parents étaient déjà là, aidant les voisins. Il s’arrêta devant les bassines fumantes humant l’odeur du sang et se délectant à l’avance des boudins, jambons et autres salaisons à venir. Quand vint le moment de la procession, le soir, Jon était bien occupé. Il cria à sa mère qu’il les rejoindrait avant la fin. Ses parents n’attendirent plus et la lourde porte d’entrée claqua derrière eux. Jon ne voulait pas que dans sa hâte son ouvrage se perdît. Il se concentra alors comme lui avait appris son père et s’attela à sa tâche comme si le temps lui appartenait. Quand enfin, il eut tout achevé, l’heure tardive lui revint en mémoire. Il était si tard qu’il estima qu’il était impossible de rattraper la procession. Mauvais présage. Sa mère si attentive aux rites lui en voudrait longtemps de ce manquement. À moins qu’il ne passe par la falaise... C’était dangereux car la falaise était percée de trous, mais s’il prenait une lampe, il pourrait s’en sortir et puis il connaissait un peu le terrain qu’il avait exploré malgré les mises en garde. Dédaignant le lampion préparé par sa mère pour la procession, il préféra se munir d’une lampe à huile. La nuit était froide mais le vent ne soufflait plus que par intermittence. Il s’élança dehors, courant aussi vite que possible tant que le chemin était familier et facile. Arrivé sur la falaise, il s’arrêta pour allumer la lampe et pour plus de sûreté, s’arma d’un bâton pour tâter le terrain devant lui. Il n’avait pas peur. Il avançait rapidement quand soudain un oiseau de nuit, ébloui par la clarté de la lampe sans doute, le heurta de plein fouet, le faisant tomber dans un grand bruissement d’ailes. La lampe se brisa contre un rocher. Allons, il était presque arrivé et il avait encore son bâton. Il lui fallait descendre maintenant. Les rochers étaient glissants à cette heure. Quand vint la chute, il ne comprit pas d’abord. Il se réveilla sur un matelas de mousse givrée. Dans son cou glissait quelque chose de chaud et poisseux. Il ne sentait plus ses jambes. Il pleura un peu. En renversant la tête, il pouvait voir la lune percer hors des nuages.
C’était Yuletide et de mémoire d’homme, toujours le rite s’était accompli. La mère eut un frisson et resserra sa cape autour d’elle. Quelques larmes coulèrent sur ses joues, mais c’était Yuletide et on ne pouvait rien y faire.
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Messagepar Taranis » Jeu 17 Août 2006 18:37

C'est pas mal pour une première e-publication :). Moi je peux pas vraiment m'atteler à la chose, je travaille le cochon, mais graphiquement :).
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Messagepar Sarah » Jeu 17 Août 2006 18:41

Je serai un peu plus prolixe que l'ami Taranis :)

Tout d'abord, toute ma gratitude à toi, Zina, pour avoir osé être le premier auteur (ou faut-il dire la première auteure) à sauter le pas.

Sur la forme : n'hésite pas à éditer ton message pour placer de judicieux retours à la ligne, ça donne un rythme.

Abominable, ton premier conte, La Cheminée, l'est assurément, c'est un de ces faits-divers
qui font tragiquement basculer la vie d'une famille.
La cerise sur le gâteau, c'est que ça se passe à Noël :)

Si j'ai bien suivi, c'est le narrateur qui se trouve sur le tabouret, qui en tombe et
qui est empalé ... Comme il raconte, c'est que le drame ne lui fut pas fatal.
Tu aurais pu exécuter le père, carrément, ou mieux dans l'abomination : l'aîné des
enfants - ou alors pas forcément l'aîné mais ç'aurait été le seul mâle de la progéniture, l'avenir du nom tout ça, nickel :)

Mais c'est déjà bien horrible. Et bravo pour la mise en situation, on voit bien la scène.

Les anciens rites ...
Là, d'abord, l'ambiance et l'atmosphère y sont, et le fatum et tout le petit nécessaire
pour créer un climat. Le paragraphe concernant la naissance de Jon paraît un peu inutile dans le contexte ou alors il faut en faire
un élément plus important et qui a sa raison d'être.

En raccourci : il bosse, il se met en retard, sa mère va être fâchée, il prend des risques, il se tue, sa mère pleure, c'était inévitable.
C'est quoi, le rite ? Sacrifier un enfant ? Les parents savaient que Jon serait en retard, ils l'ont poussé à l'imprudence ?
Et là c'est chouette parce que ce n'est pas vraiment le leur ?
L'intention de l'auteur n'est pas assez claire, c'est très bien de donner à penser mais les pistes doivent être mieux balisées.

Ce texte pourrait s'inscrire sans difficulté dans une série et il mérite vraiment d'être peaufiné.

Il y a plein de choses à ciseler.
Par exemple
En renversant la tête, il pouvait voir la lune percer hors des nuages.
On a compris qu'il a l'arrière du crâne éclaté. Et s'il renverse la tête, il meurt ou il perd connaissance, au choix du lecteur.
J'aurais fait :
Il renversa la tête et la dernière chose qu'il vit fut comme un trait de lune perçant les nuages.

C'est un très bon texte - il faut le garder et le polir dans tous les sens.
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Messagepar Zina » Jeu 17 Août 2006 20:34

Merci pour ta critique, Sarah.

Les deux contes sont volontairement très flous, peut-être trop, c'est vrai :wink: , mais c'est l'un des avantages ... ou l'un des pièges du format court et, je l'avoue, j'en ai abusé!

Par exemple, dans La Cheminée, le jeune narrateur, tout empalé qu'il est sur sa pique, ne peut achever son récit qui est repris par un regard extérieur.
Je n'ai pas cherché à corser la situation en en faisant le dernier mâle de la famille, seulement en le faisant mourir dans un endroit aimé.

Quant aux rites anciens, j'avais bien l'intention de peaufiner ce texte quand j'ai pris conscience qu'il me plaisait ainsi: bien qu'écrit à la 3e personne, il était en quelque sorte le reflet de la pensée du garçon, et ce n'est pas une pensée très élaborée.
L'allusion à la mère de Jon n'est qu'un moyen, très détourné j'en conviens, de suggérer que la mort est familière dans ce village en décembre et c'est à dessein que je parle de "sacrifier à la tradition". D'une manière ou d'une autre, les cochons ne sont pas les seuls à mourir à Noël...
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Messagepar caty » Ven 18 Août 2006 10:17

Bravo Zina pour " la Cheminée " !
( avec un insert la fin n'aurait pas été la même ) :lol: :wink:
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Messagepar caty » Ven 18 Août 2006 10:23

Taranis a écrit:C'est pas mal pour une première e-publication :). Moi je peux pas vraiment m'atteler à la chose, je travaille le cochon, mais graphiquement :).


Un joli petit cochon rose avec des ailes comme Cancrelas ? :wink:
caty
 

Messagepar Gaypard » Ven 18 Août 2006 11:32

Bonjour
Dans le genre " abominable" Sarah avait déja montré le chemin ....je viens de relire " vélo rouge, vélo blanc "
Si je ne suis pas meilleur, au moins je suis différent ( j.j Rousseau)
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